
Y a-t-il, en Egypte, des courants différents de Tahtib?
Suivant les écoles, les spécialistes, les générations, les régions, le Tahtib est pratiqué suivant différentes visions : martiale, artistique, éducative, chevaleresque, énergétique, etc.
Vision exclusivement martiale.
Le Tahtib est exclusivement un Art martial, pas de vision espiègle et légère telle que présentée dans le court-métrage « Tahtib » tournée à Qouss au Nord d’Assiout, par Abed Othman. Les pratiquants du Tahtib de ce courant affirment pouvoir vaincre un sabreur, lui-même armé de son bâton !
Comme Muso Gonnosuke l’aurait démontré face à Myamoto Musashi le plus célèbre des sabreurs japonais (auteur de Gorin-no-Sho, Ecrits sur les cinq roues), Selon la tradition telle que rapportée par le Kaijo Monogatari en 1629, Miyamoto Musashi armé de 2 sabres, un court et un long, aurait été battu en duel après une brillante victoire quelques années plus tôt par Muso Gonnosuke armé d’un Jô (bâton court de 1m30). Un bâton ou, un doigt, pourrait être supérieur au sabre : une question d’esprit plus que de technique, la capacité à utiliser autrement l’espace et le temps laissé par le sabre ?
Pour les pratiquants du Tahtib « martial », le Tahtib est un art guerrier, strictement réservé aux hommes, qui nécessite et développe beaucoup de qualités, notamment l’adaptabilité, le courage, la vitesse. En novembre 2007, au cours du stage que je produisais alors à Beni Hassan, deux instructeurs Egyptiens « martial » ont divergé : l’un a refusé de pratiquer le Tahtib avec une des jeunes femmes présentes : « qu’est ce que c’est ça ? », l’autre au contraire s’en est chargé. Il en a une vision différente, éducative et universelle.
Vision éducative et universelle.
Ce 2 Novembre 2007, sur le site même de Beni Hassan, alors que l’instructeur « martial » refuse, d’un air dégoûté et dédaigneux, de pratiquer avec Maggy, solide jeune fille de 20 ans cheveux libres, l’instructeur « éducatif – universel » se met immédiatement à sa place pour la faire travailler.
En débriefant plus tard, il m’explique sa vision : « Ma vision n’est pas une vision guerrière, virile, machiste. Moi, je préfère former 5 filles que 10 garçons. Je suis certain qu’elles sauront éduquer leurs enfants et impacter largement leur environnement avec les valeurs requises par le Tahtib comme le respect, la tenue, l’engagement, la souplesse, la rapidité, etc.. Les hommes : ils garderont pour eux-mêmes, certains propageront ces valeurs, d’autres joueront au bâton, d’autres joueront aux « durs » et déclencheront des bagarres, etc. »
Vision artistique.
Le Tahtib est un Art complet, un Art d’énergie, surtout un Art vivant plutôt qu’un folklore à intention plus ou moins touristique. Les pratiquants du Tahtib sont invités à ne pas se satisfaire des stéréotypes, ou de rester figé dans les techniques héritées, mais de développer l’Art, dans l’expression et la créativité, le « faire évoluer de l’intérieur » tout en respectant l’esprit initial.
Dans cette vision artistique globalisante l’efficacité dans le Tahtib – Art Martial et l’esthétique dans le Tahtib – Danse s’appuie sur les mêmes bases techniques, physiques et comportementales.
Vision Energie.
Proche de courant de type Yoga et Chikong le Tahtib est vue par ce courant comme un Art d’énergie, de combat et de réalisation de soi. D’ailleurs à Beni Hassan, le Tahtib est gravé sur le mur Est, le yoga et exercice féminin sur le mur Nord.
Vision chevaleresque.
Les codes et les règles du Tahtib, découverts par la plupart des débutants après les 1ers chocs inoubliables du bâton, permettent de découvrir et d’exprimer l’élégance, la tenue juste, le respect et l’esprit chevaleresque.
Pour ce courant, la violence du combat n’est qu’une apparence. En fait le Tahtib sollicite le mental, l’harmonie du corps et de l’esprit, la souplesse tactique en développant l’élégance et la justesse du mouvement. Au-delà d’un simple combat plus ou moins réglé, le Tahtib est l’expression de l’esprit chevaleresque et du caractère de l’Egyptien.
En intégrant ces différentes visions, le Tahtib (Fan al Nazaha wal Tahtib) ne serait-il pas l’Art de l’homme accompli et du bâton ?



