Ce qui distingue le tahtib...
Les codes et les techniques du Tahtib sont uniques, différents des Arts martiaux habituels, notamment dans,
§ la pratique en cercle, § la gestuelle circulaire, § la rythmique, § le cadrage par le public.
Le Tahtib est une discipline de techniques circulaires, harmonisation à 2 et en groupe, rituel codifié et séquencé pour préparer au combat libre. Les chorégraphies sont en le plus souvent en cercle, les combats plus ou moins codifiés se déroulent au milieu d’un cercle composé par les autres pratiquants. En Egypte, dans les villages et bourgs, le Tahtib est pratiqué en public sous forme de joutes lors de fêtes populaires, les mariages, etc. La foule crée le cercle, elle régule les combats, elle arrête le combat lorsque celui-ci dégénère dans l’esprit, et qu’un des combattants dévie dans l’agressivité. Les duels se relaient environ toutes les minutes et demi. Les participants se toisent, se jaugent, s’accordent implicitement sur le degré de force et d’intensité du duel.
Un peu comme la capoeira au Brésil, les entraînements et les combats se pratiquent en rythme. En Egypte, les musiciens utilisent des percussions et le mizmar, une sorte de petite flûte trompette. Un des instruments de percussion utilisé est la Derbouka, elle ressemble en plus petit au Djembé. Le corps de l’instrument est en aluminium ; à l’origine il était en terre cuite. La Tabla, gros tambour, donne le son grave des "doums".
Un des principes fondamentaux du Tahtib est la gestion de la porte : « el bab » (ref Bibliographie). Il s’agit de gérer sa garde, « fermer la porte » pour sa défense comme base d’une attaque éventuelle. Suivant les écoles, le bâton est tenu à son extrémité comme une prolongation directe de l’avant-bras, ou un peu plus haut à environ 5 cm de l’extrémité. La précision et la vitesse d’exécution des techniques, des moulinets, des rotations, etc. en dépendent. Voir Les Techniques.
Aujourd'hui,
Les principales écoles de Tahtib se situent en Haute Egypte (Qena, Assiout, etc.), au nord dans le delta du Nil, en Moyenne Egypte notamment l’école Fawzi Medhat à Mallawi. Au Caire, au Théatre du Balone sous la direction de Mohamed Abdel Fattah Naeem ; des centres privés comme EL Warsha sous la direction de Hassan el Gretly, le Centre de Sakia El-Sawy. En Europe, des experts d’origine Egyptienne le pratiquent encore sous sa forme d’Art martial notamment : Mohamed el Sayed en Espagne, Sayyed el Zaker en Allemagne, et au club SEIZA en France.
Un peu comme certains clips vidéo qui se sont inspirés des katas de karaté, leTahtib a largement inspiré d’autres arts notamment le folklore, le théâtre, la danse orientale appelée aussi la danse du ventre où les femmes miment les combats avec des cannes dorées légères. Vidés de la dimension martiale, ces arts ont néanmoins gardé des éléments essentiels hérités du Tahtib avec pour résultat l’esthétique, la présence, l’alignement, la justesse, la précision, la vitesse et l’harmonisation.
Les autorités et les institutions égyptiennes commencent à s’intéresser au sujet : un festival Tahtib est organisé par Sakia El-Sawy à Sharm el Sheikh en 2006. Une sorte de thèse, dans la série des « Livrets académiques » de l’Académie des Arts – section Arts populaire, un livret en 2007 sur le sujet par Hessam el Din Mohsseb sous la direction de M Madkour Thabet. (ref Bibliographie)
Du fait de ses codes, de son histoire et de ses techniques le Tahtib comporte un potentiel considérable pour les pratiquants des Arts Martiaux: il donne la possibilité, par sa différence, de découvrir autrement les Arts martiaux notamment asiatiques, avec un angle nouveau et une autre profondeur.



